Alençon. Marie-Claude Lebret revient sur 30 années d’Handi’chiens


Rencontre avec la fondatrice d’Handi’chiens, Marie-Claude Lebret. Cette ancienne enseignante du lycée agricole d’Alençon (Orne) a fondé l’association en 1989.

Article publié le 14 Juin 19 à 13:52 dans Actu.fr/Normandie/Orne-hebdo

A l'occasion de cet anniversaire, Marie-Claude Lebret a une pensée émue pour son amie et collègue, Sophie Lasne qui fut intervenante en médiation animale et qui est décédée l'an dernier.
A l’occasion de cet anniversaire, Marie-Claude Lebret a une pensée émue pour son amie et collègue, Sophie Lasne qui fut intervenante en médiation animale et qui est décédée l’an dernier.

Elle n’a rien oublié, de la création en avril 1989 de l‘association à Alençon (Orne), ni du premier chien remis à une personne en situation de handicap, nommé « Prem’s », deux ans plus tard. Difficile pour Marie-Claude Lebret de résumer 30 années de projets, d’actions, de bonheur. La pétillante septuagénaire se dit tout simplement « heureuse d’avoir pu apporter quelque chose de plus dans la vie de ces personnes et leurs familles ».

Comment est né Handi’chiens (ex-Anecah) ?

« J’ai découvert en 1986 un reportage à la télévision sur un chien d’assistance pour personnes tétraplégiques aux États-Unis. On y disait que toute initiative en France serait la bienvenue. J’étais alors enseignante en zootechnie au lycée agricole et j’ai pensé que ce serait un projet d’action éducative intéressant pour mes élèves en formation sanitaire et sociale. La directrice du lycée, Annick Delmas, m’a tout de suite suivi. J’ai contacté le responsable d’AFIRAC Jean-Luc Vuillemenot, l’association française d’information et de recherche sur l’animal de compagnie. J’ai écrit le projet qui a été validé par le Ministère de l’agriculture et l’association américaine dont nous avons repris la méthode… Le chien est affectif, rassurant, non jugeant et il peut apporter une aide matérielle. Tout est devenu très vite évident. Je suis partie en formation aux États-Unis à deux reprises auprès de Bonita Bergin* ».

L’engouement a pris rapidement ?

« Oui ! Au début, je formais les chiens avec les élèves le midi et le soir, sur le terrain de basket ! Il n’y avait rien ici, à part un grand champ de maïs. Et je continuais le soir chez mois. Je pensais au début remettre quatre chiens par an. Mais la deuxième année, on est passé à 7 chiens puis l’année suivante à 21, puis 45 etc. Les bénéficiaires venaient de toute la France, ça a fait boule de neige. On découvrait un chien qui pouvait aboyer à la demande, ouvrir une porte, ramasser une clé… Surtout ce chien brisait un mur invisible, il facilitait le contact : ce n’est pas le handicap que l’on voit en premier mais le chien ».

Quelle est la force de l’association ?

« Je suis peut-être le moteur de l’association mais elle a pu compter sur des élèves passionnés au lycée agricole et des bénévoles formidables. On lie l’animal à l’humain, le concept était novateur et a tout de suite séduit. Aujourd’hui, l’association compte 500 bénévoles en France. C’est cette force, ce soutien, qui m’ont permis de ne jamais douter de cette aventure. Quant aux bénéficiaires, ce sont eux qui nous ressourcent. J’ai gardé contact avec tous ceux qui sont passés à Alençon. Ils nous rendent au centuple tout ce qu’on peut leur apporter et pour eux on n’a pas le droit d’arrêter. C’est une mission ».

Près de 2 400 chiens ont été remis en 30 ans.
Près de 2 400 chiens ont été remis en 30 ans. (©L’Orne hebdo)

Comment ont évolué les profils des chiens ?

« Tout n’est qu’une question de rencontres et de demandes. Nous avons commencé par le chien d’assistance. Puis des parents m’ont contactée pour leurs enfants atteints de troubles autistiques et ensemble nous avons écrit des projets solides. Des directeurs d’établissements souhaitaient un chien pour leurs résidents et c’est ainsi que le projet de chien d’accompagnement social a vu le jour. Depuis deux ans on remet des chiens d’alerte, capables de détecter une crise d’épilepsie. Et enfin, Lol, le premier chien d’assistance judiciaire, a été remis à la caserne des pompiers de Cahors cette année. Je suis ravie de ce projet et je pense que désormais, nous allons avoir des demandes de la part de personnes vulnérables ».

Après avoir vécu en famille d'accueil, le chien poursuit sa formation au centre.
Après avoir vécu en famille d’accueil, le chien poursuit sa formation au centre. (©L’Orne hebdo)

Des liens se sont créés avec la communauté scientifique ?

« Effectivement. La recherche et le milieu médical s’intéressent à ce que nous faisons. Depuis 2011, on travaille avec le CNRS de Rennes et le laboratoire EthoS – éthologie animale et humaine. Des étudiants observent l’amélioration de la communication de l’enfant autiste avec le chien puis avec l’homme. Une doctorante va travailler et étudier l’intérêt du chien pour les personnes épileptiques ou souffrant de troubles autistiques sur une longue durée. La communauté scientifique nous apporte une vraie crédibilité et il fallait passer par cette étape. Et enfin, nous rencontrons régulièrement la secrétaire d’État aux personnes handicapées et les parlementaires afin d’améliorer l’accessibilité des lieux et institutions à nos chiens. Car il arrive encore que des portes se ferment devant eux… Une loi a été votée et on travaille pour qu’elle soit vraiment appliquée. Et dans ce cadre, on organise mardi 22 octobre un colloque au Ministère des solidarités et de la santé, afin d’informer sur les intérêts du chien. On ne communiquera jamais assez sur notre mission ».

Handi’chiens fête ses 30 ans à Anova samedi 22 juin en présence des bénévoles, familles d’accueil, salariés et partenaires. Une remise de chiens aura lieu ce même jour.

* Bonita Bergin : chercheuse canine américaine. Elle est l’inventeur du concept du chien d’assistance. Et la fondatrice et présidente de l’Université des études canines de l’Université de Bergin et fondatrice de Canine Companions for Independence.

Quelques dates
1 989 : création du centre de formation Handi’chiens à Alençon. 
1 991 : remise du premier chien, Prem’s
2 000 : création du centre de Lyon
2 003 : création du centre de Bretagne
2 004 : création du centre de formation en Centre Val de Loire
2 005 : le chien d’assistance est officiellement reconnu
2 012 : Handi’chiens devient une association reconnue d’utilité publique
Arrêté du 20 mars 2014 : création d’un certificat national pour la labellisation des centres d’éducation pour chiens d’assistance
2 017 : ouverture de l’unité autisme à Alençon
2 018 : remise des premiers chiens pour personnes épileptiques en France
2 019 : remise du premier chien d’assistance judiciaire en France

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